Le marécage de glace
La nuit enveloppait la forêt d’une nappe d’encre noire, opaque et insondable. Le sol était boueux, trempé par les pluies automnales. Des odeurs suaves, épicées et agréables emplissaient l’air tiède… Des odeurs d’écorce, de pin, de chêne et de feuilles mortes.
Le jeune Reichart marchait doucement, prudemment, guettant le moindre bruit, se retournant chaque fois qu’un
animal faisait craquer une branche ou poussait un cri.
Il savait que l’environnement qui l’entourait allait bientôt changer, qu’en cet endroit où il allait, tout était gelé. Il savait aussi quels risques il prenait, et que de nombreuses personnes n’étaient jamais revenu de là où il se rendait…
Il poursuivit son chemin, nerveux et anxieux, marcha encore un bon quart d’heure, puis s’arrêta… Sa quête touchait à sa fin…
Dans un silence étouffant, le marécage de glace lui faisait face, enveloppé d’une lumière bleutée, scintillante et surnaturelle. Le froid était vif et piquant, le saisissant à la gorge. Des yeux brillants luisaient dans la pénombre. Un visage spectral semblait comme flotter à la base du tronc d’un énorme arbre. Des cristaux de glace recouvraient les branches, l’herbe et les lianes, partout autour de lui.
Etrangement, l’eau du marécage n’était pas gelée, cette fameuse eau au pouvoir de guérison légendaire, cette eau pour laquelle il était venu jusqu’ici.
Il s’avança d’un pas et sursauta à la vue d’une hideuse araignée, à quelques centimètres de son visage, immobile sur sa toile… Il se reprit, fit trois pas de plus et s’accroupit au bord de l’eau, guettant les yeux luisants et le visage spectral immobile.
Tout était silencieux, rien ne bougeait… Pas une brise, ni même un souffle… Pas un murmure…
Reichart sortit alors sa gourde et avança son bras. Le visage le fixait intensément, sévèrement. On aurait dit qu’il sondait son esprit. Reichart retint alors son geste et n’osa plus bouger...De longues secondes s’écoulèrent, lourdes et oppressantes…
Soudain, le visage sourit légèrement. Alors, le jeune homme s’empressa de prendre ce qu’il était venu chercher. Il se releva doucement et repartit à reculons, lentement, comme s’il avait peur de réveiller quelque chose de terrible, quelque chose de redoutable...
Lorsqu’il se trouva à plus de dix mètres du marécage, il tourna les talons et se mit à courir à toutes jambes, manquant de tomber à plusieurs reprises. Il courut pendant plus d’une demi heure avant de s’arrêter pour reprendre son souffle, puis reprit sa course effréné, désireux de quitter au plus vite cette forêt.
L’esprit du marécage avait laissé le jeune Reichart prendre l’eau et partir. Peut-être avait il juger que ses motivations étaient justes ou peut-être avait-il eu une autre raison ! Toujours est-il que dans cette même quête, plus d’une personne avaient disparu par le passé et qu'aujourd’hui, peu nombreux étaient les courageux qui osaient encore s’y aventurer.
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